dimanche 20 novembre 2011

Samedi 22 octobre 2011

Le soleil se lève au-dessus du Taj Mahal. Immense mausolée de marbre blanc qui s’offre aux regards de ses visiteurs. Chaque jour (sauf le vendredi) ils sont des milliers à venir le voir, à marcher autour de lui, à se promener dans ses jardins aérés. Ils lèvent les yeux et sourient. Ils sourient de la chance qu’ils ont d’être là, pour toucher son marbre et profiter de lui. Je fais partie des chanceux car ce matin j’ai vu. J’ai levé les yeux sur le Taj Mahal, j’ai tourné autour de lui, j’ai marché dans ses jardins aérés et j’ai touché son marbre blanc. 2 heures de regards langoureux, d’œillades pour ce temple érigé en souvenir de la femme aimée et trop tôt disparue. En partant j’ai lancé un dernier regard, celui du souvenir, celui dont l’image restera au cœur et à la tête. Peut-être reviendrai-je mais si je ne reviens pas, je ne t’oublierai jamais. Et demain matin, au lever du soleil, d’autres viendront pour te voir et t’emporter avec eux. Pour toujours.


Je quitte Agra pour Bharatpur. Passage par Fatehpur Sikri et son palais. Un faux guide veut me vendre d’horribles objets en marbre. Agacé, je pars.

A Bharatpur, Vivek me présente son ami Arvind, un jeune homme parlant un bon français appris à l’Alliance Française de Pondichéry. Il est naturaliste et travaille au parc national Keoladeo. Ce parc est connu des passionnés d’oiseaux. Ils viennent du monde entier pour admirer, étudier et photographier près de 400 espèces différentes, migrantes ou sédentaires, mais aussi les tortues géantes, les antilopes, cerfs, chacals, pythons et autres animaux vivant libres et protégés. Je reste l’après-midi à suivre Arvind m’expliquant les comportements des oiseaux qui nous font l’honneur de se montrer.



Je photographie beaucoup mais j’écoute et regarde encore plus. Marcher dans une nature presque sauvage est reposant après tant de jours dans l’urbanité indienne. La nuit remplace le jour et je regarde le soleil, devenu orange, disparaître jusqu’à demain. Arvind et Vivek vont au temple et je les accompagne. Je les regarde prier Vishnou, Shiva et d’autres divinités d’une religion hindoue que je connais mal. La ferveur religieuse est impressionnante et elle intègre tous les rangs de la société. Ce pays si souvent dominé dans son histoire par d’autres peuples et croyances, n’a jamais renoncé à ses origines cultuelles. Pour finir la journée, Arvind m’entraîne au marché de Bharatpur. Une grande fête se prépare (Diwali) et l’on vient acheter de nouveaux vêtements ou de quoi décorer sa maison. Quant à moi, je retourne dans ma chambre d’hôtel avec dans la tête plein d’images d’une journée d’une grande richesse.






vendredi 18 novembre 2011

Vendredi 21 octobre 2011

Scènes de rue à Delhi. Un homme, une femme et 2 enfants sont assis sur la selle d’une petite moto qui roule entre un taxi et un tuk-tuk, l’un des enfants dort. Un homme a posé sur le trottoir une toile sur laquelle il propose des dentiers, il assure lui-même la mise en bouche. Des écoliers courent pour rattraper un bus qui vient de repartir, le bus est déjà plus que plein. Un conducteur de rickshaw dort allongé sur la bicyclette, la tête posée sur le cadre métallique du guidon, formant un angle étrange avec le reste de son corps.


Ce matin je quitte la capitale dans la voiture de Vivek. Nous ferons les 230 kilomètres séparant Delhi et Agra en 6 heures. 2 heures pour sortir de Delhi (20 kilomètres), 3 heures pour rejoindre Agra et encore 1 heure pour traverser Agra (10 kilomètres). C’est dire si la circulation en ville est infernale. Agra, c’est dans l’état de l’Uttar Pradesh et c’est aussi là que règne le Taj Mahal, sa majesté, le palais des palais. Le vendredi le Taj Mahal est fermé alors je visite le fort rouge qui ressemble beaucoup à celui de Delhi. J’y reste presque 2 heures, parmi les touristes français, indiens et même dominicains (à l’accent reconnaissable entre mille), dont cette dame vêtue d’une sorte de pyjama vert fluo absolument hideux. Pendant quelques secondes je suis aux Caraïbes.

jeudi 17 novembre 2011

Jeudi 20 octobre 2011

Dans Delhi. La capitale indienne est plus calme que ses consœurs vues auparavant mais la différence repose. Un peu. Passage au Red Fort, grande citadelle en briques rouges dans laquelle on admire des jardins et bâtiments de l’époque Moghul. Pas très loin, Jama Masjid est la plus grande mosquée du pays mais à l’heure où je passe, la prière est en cours et les non-musulmans ne peuvent y entrer. Je repars dans les rues entourant la mosquée, énorme marché à ciel ouvert où l’on trouve, comme d’habitude, de tout. Ici c’est aussi le bordel pour circuler mais après 10 jours de voyage je pense maîtriser assez bien le déplacement urbain.


En fin d’après-midi je visite la dernière demeure de Gandhi, là où il dormait et priait. Là aussi où il fut assassiné en 1948. C’est émouvant de voir ces objets lui appartenant, ces lieux qui furent les siens. Ceux d’un homme qui changea le cours de l‘histoire de son pays. Aussi du monde.

mercredi 16 novembre 2011

Mercredi 19 octobre 2011

Hasan est un homme affable, toujours prêt à rendre service, il connaît quelques mots de toutes les langues et ne me lâche plus depuis hier. Officiellement il a un bateau pour emmener les touristes sur le Gange mais il a aussi d’autres activités comme amener ces mêmes touristes dans des ateliers de tissage de la soie afin de ventes (et moyennant rétribution pour lui). C’est ainsi que je me retrouve déchaussé sur un matelas face à Ashok le vendeur de choc et ses assistants, pour un défilé de pashminas, étoles et autres saris aux tissus fins, aux tissages travaillés et aux couleurs resplendissantes. Différentes qualités pour différents prix. Ashok prétend avoir des commandes des Galeries Lafayette et du Bon Marché (j’y crois à moitié, voire pas vraiment) et veut me convaincre de la qualité de ses produits. Alors je touche les tissus, je fais mine de juger mais je suis un ignorant. J’achète quelques pièces qui me paraissent de haute qualité et quitte l’atelier d’Ashok. Hasan m’entraîne dans les petites rues de Vârânasî dans lesquelles on ne croise ni voiture, ni tuk-tuk, ni camionnette, seulement des vaches, des piétons et des vélos.



Il y a 2 Vârânasî : la ville à l’image de Calcutta et Bombay, à la circulation folle, aux bruits assourdissants et les quartiers qui longent les Ghâts, suites de boutiques, de restaurants, d’hôtels, de vieilles maisons, de palais de Maharajah abandonnés. S’y promener et s’y perdre un peu est une expérience unique. On y croise aussi des occidentaux « indianisés » venus chercher par ici ce qui leur manquait ailleurs, habillés comme des pratiquants hindous, tentant d’intégrer un monde qui les fascine. Je me promène encore sur les Ghats, appareil photo autour du cou, sans Hasan parti chercher d’autres clients. On me propose de lire mon avenir (je préfère ne rien savoir) ou de faire un autre tour en bateau. Mais aujourd’hui je quitte Vârânasî pour Delhi.

Le vol Jet Airways dure à peine plus d’une heure que je passe dans les bras de Morphée. A l’aéroport de la capitale indienne, je rencontre Vivek qui sera mon chauffeur pour la visite du Rajasthan. Il me dépose à l’hôtel Le Roi, oasis de calme dans un quartier populaire. Je vais profiter 2 nuits des services haut de gamme de l’endroit et surtout d’une salle de bains moderne. Parfois ça fait du bien par où ça passe.

mardi 15 novembre 2011

Mardi 18 octobre 2011

J’ai vu les flammes. J’ai vu les corps brûler. Les corps des morts que l’on brûle pour que les cendres soient jetés dans le fleuve. J’ai entendu les hommes chanter et les prêtres ont officié. La nuit, quand la lumière du feu, sur les Ghâts, éclaire les bateaux et les yeux des familles des défunts. J’ai senti les souffles se mélanger, ceux de la mort et ceux de la vie dans le calme des funérailles hindoues. Sous moi l’eau du Gange apportait toute sa force, cette force que les hommes viennent prendre en s’y baignant, en la buvant.

Sur une barque de (mauvaise) fortune j’ai participé par la présence aux cérémonies mortuaires. J’ai communié avec les morts et sous un ciel de nuit sans étoile, je suis resté paisible face à la fin de tout. A Vârânasî les morts viennent achever leur chemin et aujourd’hui, ce soir, j’étais là aussi, pour les accompagner, près du feu et de l’eau, face aux flammes et sur le fleuve. Le fleuve de vie et le fleuve de mort, le Gange.

lundi 14 novembre 2011

Lundi 17 octobre 2011

A Bodh-Gayâ il y a des temples et notamment celui dédié à l’illumination de Siddhârta en Bouddha. A Bodh-Gayâ il y a aussi les marchands du temple. Ils vendent tout, y compris des jouets et des armes jouets. Dans un lieu sacré du bouddhisme, franchement… Aujourd’hui je reprends le train. En sleeper, c'est-à-dire qu’on se retrouve à 4 ou 5 sur des banquettes prévues pour 3, avec des couchettes au dessus, bien remplies elles aussi. En face de moi un homme bien charpenté, tout de blanc vêtu, se met à chantonner et à se frapper la tête avec les mains. Juste à côté, des jeunes visiblement amis discutent comme si de rien n’était en se préparant des boulettes de bétel. L’arrivée à Vârânasî est dantesque : une fois franchis les passagers du train allongés devant la porte de sortie, je suis le jeune homme dépêché par la guest house dans laquelle je vais loger. Devant la gare des centaines de personnes attendent, assis par terre.


Les rues de Vârânasî sont comme celles de Mumbaï ou Calcutta : bruyantes, fourmillantes, d’une perpétuelle activité. Sauf que, dès qu’on s’approche du Gange, les rues deviennent ruelles, le sol de terre devient de pierres et il faut poursuivre à pied en évitant les vaches. Je dépose mes affaires dans la chambre et sors dîner. Le restaurant Lotus propose de manger sur une terrasse surplombant le fleuve sacré. La nuit est tombée, la Lune se montre, le Gange semble endormi. Magique.

Dimanche 16 octobre 2011

Prendre le train, c’est toute une aventure. Surtout à partir d’Howrah Junction, la gare de Calcutta. Comme c’est écrit dans mon guide : « bonne chance ! ». Sauf si pour éviter de prendre un mauvais train, vous faites appel à un porteur, reconnaissable à son habit rouge et à son art de porter les bagages sur la tête. Il vous emmènera jusqu’à votre place. Voir un homme porter ainsi un sac de 15 kilos à votre place a de quoi être gênant mais 1. vous le faites travailler et 2. Il connaît la gare et tous les trains et pas vous. La gare de Calcutta est comme le reste de la ville, complexe et bruyante. L’activité humaine y est incommensurable et elle peut faire peur mais bon, rien d’insurmontable. Une fois dans le train, assis à la bonne place, il suffit d’attendre que le train démarre et vous emporte à destination avec patience en regardant le paysage.


Il y a différentes catégories de places dans les trains indiens. Du banc en bois à la couchette en wagon climatisé. Etant donné que le train est lent (plus de 7 heures pour faire 450 kilomètres), je recommande la couchette climatisée car on peut s’y installer et dormir. Cela dit, les autres catégories se tentent aussi, surtout quand on est plus voyageur que touriste… Je débarque à Gaya Junction en milieu d’après-midi, aussi au milieu des vaches qui se baladent sur le quai, attendant peut-être leur train… Ma destination est Bodh-Gayâ à une quinzaine de kilomètres de là. Je prends le premier taxi qui se propose et tant pis si la somme qu’il me demande est trois fois le prix normal. Il me laisse devant le Vihar, un hôtel d’état dans un sale état… La chambre est décatie à souhait, les fourmis ont la taille d’une phalange et semblent beaucoup s’y plaire. Je dépose mes affaires et ressors aussitôt. Bodh-Gayâ est la ville dans laquelle Siddhârta est devenu Bouddha en atteignant l’illumination. Chaque année le Dalaï Lama vient y faire un tour mais je ne le vois pas. Pas sûr qu’aujourd’hui Siddhârta retente le coup dans le coin. Seuls les temples valent la peine de se déplacer car la petite ville est très sale et à la nuit tombée (18h00), marcher dans la rue (si on peut appeler ça une rue), c’est risquer sa vie : aucun éclairage public et tous les véhicules qui foncent, certains sans lumières… Plusieurs fois j’ai senti le souffle d’une voiture passant trop près de moi. A 18h30, j’échoue dans un restaurant thaï qui passe en boucle les trois mêmes chansons de Bryan Adams… La déprime n’est plus très loin…